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Wax Tailor : “ Être tendance, c’est un truc de suiveur”


Interview / Matthieu Chauveau * Photo / Ronan Siri Publié dans le magazine Kostar n°75 - mai-juin 2021

Vous êtes quelqu’un de stylé, depuis quand faites-vous attention à votre look ?

Depuis que je suis en âge de me questionner sur mon image, c’est-à-dire depuis au moins 30 ans. Tu traînes avec tes potes et tu veux leur ressembler. Un jour tu cherches à te démarquer, à raconter un truc à toi…


Pensez-vous avoir le costume de l’emploi ?

Sans doute. Pour l’écart entre qui je suis dans la vie et sur scène. Il y a une différence entre le style de Jean-Christophe et celui de Wax Tailor. Le premier est plus hoodie, avec casquette ou bonnet sur la tête, et le second costard-cravate.


Comment choisissez-vous votre costume de scène ?

Je mets souvent une chemise, un chapeau, un pantalon habillé et des baskets. Ça ne varie pas vraiment, ou alors sur des détails. Mais, en musique, ces détails que tu es parfois le seul à voir sont importants. Le contexte compte aussi : pour une séance photo, je peux porter un super beau chapeau en feutre et, comme c’est un enfer à porter pendant 1h30, opter pour un autre en paille noire serrée en concert.


Quel rapport entretenez-vous avec la mode ?

Distant. Je n’aime pas tout le folklore autour. Il y a un entre-soi qui m’emmerde. Je pense que ça pourrait être beaucoup plus simple, plus accessible. De l’extérieur, on a souvent l’impression de ne pas être bienvenu, qu’il faut avoir les codes.


Pensez-vous être à la mode ?

Non. Enfin je dirais que je ne suis pas obsédé par la question. Mais bon, on se dit qu’on s’en fout et, en se retournant, on réalise qu’on ne s’habille plus comme il y a trois ans…


“Être actuel, c’est prendre en considération un environnement, une époque, s’en imprégner.”

Être à la mode, c’est quoi pour vous ?

Ça dépend de ce qu’on met derrière. C’est un peu comme en musique, quand on te demande si tu es actuel ou tendance. Être actuel, c’est prendre en considération un environnement, une époque, s’en imprégner. Ça ne veut pas dire suivre bêtement. Alors qu’être tendance, c’est un truc de suiveur.


Avez-vous déjà retourné votre veste ?

Que ce soit au sens propre ou figuré : jamais. Qui aime les gens qui n’ont pas d’éthique et qui suivent le sens du vent ?


Avez-vous déjà pris des vestes ?

Oui. Et des placards ! J’ai sorti mon premier album à 30 ans. Mes premières expériences discographiques n’ont donc pas marqué les annales de l’histoire de la musique. Quand je dis des vestes, c’est pas des tomates dans la tronche mais juste des choses qui t’apprennent à être humble…


Qu’y a-t-il dans votre valise quand vous partez en tournée ?

Quand tu as beaucoup de vols, il faut des fringues confort, bien pensées. Je me suis pris de passion pour les vêtements avec plein de poches, par exemple pour ranger mon passeport. Sans vouloir ressembler à un prof d’EPS, j’aime être à l’aise. J’ai trouvé un hoodie avec une petite poche zippée sur un site spécialisé… J’en ai acheté trois direct !


À qui voudriez-vous tailler un costard ?

Des pelletées de gens pourraient me venir à l’esprit, mais tirer sur des ambulances, ça ne m’intéresse pas.


Quel est le comble du chic ?

Ceux qui donnent le sentiment de s’en foutre, mais à qui tout va bien. Tu as l’impression que le mec s’est levé le matin, qu’il a attrapé au hasard une chemise bleue et une veste marron un peu limée, et ça le fait. Classe et cool.


Le comble du mauvais goût ?

J’arrive pas à débrancher des claquettes-chaussettes. On aura beau m’expliquer que c’est tendance, je peux pas ! Ça me ramène à de mauvais souvenirs. C’est vraiment le truc extirpé des années 80 que je ne comprends pas.


Votre premier tee-shirt de groupe ?

Pas un tee-shirt mais un sweat, et pas un groupe mais un chanteur : Michael Jackson. J’avais huit ans, j’étais super fan. Ma mère me l’avait offert. Ado, les tee-shirts de groupes de rap ont suivi : Cypress Hill, Public Enemy, Wu-Tang Clan… Je les ai tous gardés !


The Shadow Of Their Suns, Wax Tailor, Lab’Oratoire/Bigwax. La Carene, Brest, 6 novembre 2021 ; Stereolux, Nantes, 8 décembre 2021 ; La Sirène, La Rochelle, 11 décembre 2021.